L’ombre d’un passant est d’abord une histoire qui nous est contée à travers cette série de photographies en noir et blanc.
L’histoire d’une silhouette inconnue, fugace et mystérieuse pour laquelle il nous plait de penser la vie dont un vif instant lui est dérobé par l’œil indiscret du photographe.
D’abord, minuscule, on la perçoit dans Solitude, isolée, écrasée par sa cage, elle est un pion sur un vaste jeu maîtrisé, elle fait tache, elle est une pièce que le photographe semble aimer lui même placer et déplacer à son gré, comme pour ironiser sur la passivité de ses protagonistes surpris dans leur quotidien laborieux.
Dans Un homme pressé, un passant stéréotype, un Col blanc, muni de son attaché case, dévale les marches, seul parmi les fantômes invisibles de ses semblables, pour rattraper un temps que le lieu chronophage tue de sa dictature vampirique.
Partout la silhouette est rappelée à l’ordre. Dans La menace, le reflet dans la flaque d’eau sur le sol bétonné semble prémonitoire. En effet l’Arche de la Défense s’y reflétant, impériale et toute puissante, foyer des sièges sociaux et antre de la finance, menace de son damier, le personnage la quittant pour mieux la retrouver le lendemain.
Dans Le couloir, un corridor est sa seule alternative. Il s’agit d’un tunnel de glaces où la transparence est faussée par un jeu de reflets formant à nouveau une prison de verre. L’intimité n’est jamais possible, l’œil voyeur est ici, pour surprendre la silhouette solitaire en marche vers son destin tracé par les carreaux que forment les dalles de la Défense.
Le Cube, théâtre de la solitude dans lequel l’homme est sans échappatoire, clôt cette marche vers l’absurde presque Beckettienne. C’est sans espoir, le jeu truqué est labyrinthique et sans issue ; le leitmotiv semble nous être glissé à l’oreille : « Et demain, on recommence ! »
Extraits d’un texte d’Annette Drazet